Je viens de finir la lecture du second numéro du magazine Amusement, différent des périodiques de critiques de jeux vidéo, il se pose pour thème « videogames — interaction — style — inspiration ». Voyons voir ce qu’il propose et s’il arrive à passer le cap de la rédaction de news, de previews, de beta tests et autres tests à la chaine et sans recul sur le média, que propose traditionnellement la presse spécialisée.

Tout d’abord l’objet, je dois dire que ça fait plaisir d’avoir dans les mains une revu aussi épaisse, j’en avais pas eu d’aussi grosse depuis mes premiers Joystick (ah il était bien à l’époque). Le pire c’est la publicité presque inexistante : je ne compte que quatre pages dédiées ! Même si je pense qu’il y a derrière cela une astuce, se font-il sponsoriser par les marques sur les pages modes ? Pour ce qui est du papier pas problème, bonne qualité, de même pour l’impression.

Couverture et illustration.

Couverture et illustration.

Pour ce qui est du fond, on va commencer par ce qui me déplait ou m’indiffère. Mon sentiment négatif peut se résumer au premier élément de leurs thèmes : videogames [1]. Ils n’écrivent pas « jeux vidéo » l’expression française utilisée par tout le monde, de la presse spécialisée au journal le plus généraliste, non il préfère le terme anglais. Mais pourquoi ? Pourquoi choisir un terme d’utilisation mineur qui possède une traduction rigoureusement identique ? Je ne vois qu’une seule raison, ils ont été touché par une mode linguistique  qui tend à substituer des termes du jeu vidéo très bien implanté par leurs équivalents anglais. Pourquoi ? Parce qu’ils pensent — sincèrement — que ces mots anglo-saxons porte plus de sens que leurs versions françaises. Ainsi, j’ai pu lire que si si gamer est beaucoup plus expressif que joueur, que le meta-game c’est quand même plus jolie que méta-jeu, etc. Sauf que, ce qu’ils prennent pour un surplus de sens n’est en fait qu’un surplus de sens (oui, je me répète), un surplus affectif, un surplus de sensations qui restent purement personnelles. Personne n’a mis noir sur blanc une définition, globalement considéré comme juste, de ces termes. Mais pour en revenir à nos moutons, de cette constatation sur ce qui peut être considérer comme un détail de la couverture, on se rend compte au fil de la lecture que tout le magazine transpire de ce côté mode et « hype ». D’ailleurs, après avoir lu le magasine, je pense qu’il met possible de déclarer que toute personne utilisant un temps soit peu des produits hightechs (de préférence un iPod) sont des geeks. C’est encore un mot, utilisé plein de fois dans les articles, qui a absorbé tellement de sens qu’il ne peux plus être utilisé sans équivoque. Un autre point qui rejoint les précédents, je ne me suis jamais autant senti consommateur qu’après avoir lu le magazine. Pas que je soit un ultra-anti-ultra-libéral [2], non là, j’ai eu la sensation de n’être qu’un consommateur consommant que pour consommer. Ou plutôt, que pour être à la mode, être au top, consommer juste pour l’apparence, pas pour la qualités techniques des produits ou leurs qualités esthétiques, non, juste pour ce qu’elles renvoient comme images chez les autres. Un exemple, le texte qui suit correspond à la présentation complète d’une paire de chaussures de type basket rétro : « Si vous deviez choisir de ne porter que ces Y-3, nous vous conseillons la prochaine Apple Expo, l’événement de la rentrée, à la fois très sportif, mais toujours aussi smart… à l’image de ces baskets. » Ce genre de truc me donne de l’urticaire.

Voila pour l’ambiance dans la quelle m’a mis le magazine, mais il faut quand même voir si il y a du bon dans le fond des articles de plus de deux phrases. Là il y a beaucoup de pas terrible et quelques un qui m’ont paru intéressant. Globalement, j’avais l’impression, après lecture, qu’il y avait énormément d’article creux. Comme le dossier sur Spore où il y a dans les interviews pas mal de questions banales qui appelle bien sûr des réponses banales. Ou encore des articles où je me suis vraiment demandé quel en était le contenu, du genre celui sur Viva Piñata. L’auteur explique dans celui-ci comment transformer ce « jeu casual drôle et coloré » en un jeu hardcore. L’article se compose seulement de quatre paragraphes d’une douzaine de lignes où chacun d’eux explique une idée directrice des plus bateau. Ainsi, on y apprend que « la version hardcore devra être impitoyable. », comment ne pas resté ébahi devant une telle idée lumineuse,  et non, je ne coupe même pas maladroitement le texte. Mais le pire c’est que l’article s’arrête à ça, il aurait pu décrire plus en détails comment changer telle chose et telle autre suivant les principes préétabli, non, ils ont préféré remplir les deux pages d’idées généralistes, d’un gros titre et d’une image. Ça laisse sur la faim et ça lasse à la fin.

Mais parlons un peu de ce qui m’a plu.  Sur une double page, on a droit à l’analyse de deux captures d’écran de jeux du même type où le joueur est dans des situations comparables. Elle m’a mis en évidence la possibilité de construire une vue du jeux comme une photographie ou comme un plan d’un film et cela malgré la relative indépendance de la caméra vis-à-vis des développeurs. Cette analyse sur des points précis de la réalisation des deux jeux permet l’éveil de l’œil critique, c’est justement le genre de chose que je recherchait en achetant la revue. Ressortir de la lecture du magazine moins con qu’avant d’y être rentré, j’en demande pas trop quand même. Dommage qu’il n’y ai pas eu le même genre d’analyse dans la suite de page « avant après » qui pose sur une page les capture en haut d’un jeux vieux de plusieurs années et en bas de son remake ou de sa suite actuelle. J’ai bien aimé l’interview d’Enki Bilal, pour le dessinateur et parce qu’elle n’est pas congrue à une page, ce qui permet d’approfondir le sujet de la conversation. Et puis, à la fin du magasine pour des raisons inconnues il y a des page en papier rugueux, même pas blanc, limite jaunâtre, du papier brut où la plus part des textes m’ont plu (sauf bien sûr « Et ce Scrabulous » et Uchronies pour des raisons vues plus haut). Ces papiers touchent un peu à tout, l’un parle de la critique de jeux occasionnels, l’autre de la transposition de la théorie économique sur la production de jeux vidéo et le plaisir, etc.

Et comme d’habitude je me rend compte qu’il est bien plus simple de préciser sa pensé sur ce qui ne va pas, que de décrire pourquoi une chose est bonne. Rien d’illogique quand on y réfléchi un peu. Je voulais quand même dire que bien qu’ayant plus écrit sur ce qu’il ne m’avait pas plu, je pense qu’il vaut tout de même le coup d’œil. D’une part, parce que 5 € ce n’est pas cher payé pour se faire un avis dessus (Joystick au dernière nouvelle, c’est 8 € pour moins de pages et plus de publicités). Et d’autre part, le magazine est encore jeune, on peut donc lui laisser le temps de murir. Dans tous les cas, ça fait plaisir de voir un magazine si différent, un peu d’air frais dans la presse vidéoludique ne peux faire que du bien.

Dernière chose, il reste une énigme : c’est quoi leur trip avec les photos de femmes tout tétons dehors encerclé par des MO5, des bornes d’arcades et autres figurines ?

[1] Pauvre interaction, pauvre style, pauvre inspiration, vous êtes condamnés à rester singuliers, et toi videogames, à être singulier.

[2] Un ultra-terme ultra-cool et ultra-rebelle.

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